Le Grand Charles

Publié le par Chris

Moi aussi, j'ai envie de rendre hommage au Grand Charles.

Enfin, je ne veux pas parler de celui dont on commémore le 40ème anniversaire de la mort.

Le mien, il est bien plus vieux.  

Il est né en 1821 et mort en 1857, et a séjourné à la Réunion en 1841...


Histoire de Saint Denis 030 modif

 

On raconte que "son arrivée au ponton débarcadère fut un peu humide". En effet à cette époque, le chargement et déchargement des voyageurs et des marchandises se faisaient à l'aide de chaloupes et pontons et étaient assez périlleux . Les animaux eux arrivaient à la nage.

Au moment où il allait attraper la corde du débarcadère , Baudelaire est tombé à l'eau, happé par une vague.

 

Histoire de Saint Denis 030 modif 2

 

Je vous rassure, il a survécu, sinon je ne vous parlerais pas de lui et à l'eau les Fleurs du Mal et ces 2 poèmes écrits à Saint Denis: "A une dame créole" et "A une Malabaraise", preuve qu'il a su apprécier les charmes de cette belle île.

 

 

A une dame créole


Au pays parfumé que le soleil caresse,
J'ai connu, sous un dais d'arbres tout empourprés
Et de palmiers d'où pleut sur les yeux la paresse,
Une dame créole aux charmes ignorés.

Son teint est pâle et chaud ; la brune enchanteresse
A dans le cou des airs noblement maniérés ;
Grande et svelte en marchant comme une chasseresse,
Son sourire est tranquille et ses yeux assurés.

Si vous alliez, Madame, au vrai pays de gloire,
Sur les bords de la Seine ou de la verte Loire,
Belle digne d'orner les antiques manoirs,

Vous feriez, à l'abri des ombreuses retraites,
Germer mille sonnets dans le coeur des poètes,
Que vos grands yeux rendraient plus soumis que vos noirs.


 

Inde 2009 1447

 

A une Malabaraise


Tes pieds sont aussi fins que tes mains, et la hanche
Est large à faire envie à la plus belle blanche ;
A l'artiste pensif ton corps est doux et cher ;
Tes grands yeux de velours sont plus noirs que ta chair.
Aux pays chauds et bleus où ton Dieu t'a fait naître,
Ta tâche est d'allumer la pipe de ton maître,
De pourvoir les flacons d'eaux fraîches et d'odeurs,
De chasser loin du lit les moustiques rôdeurs,
Et, dès que le matin fait chanter les platanes,
D'acheter au bazar ananas et bananes.
Tout le jour, où tu veux, tu mènes tes pieds nus,
Et fredonnes tout bas de vieux airs inconnus ;
Et quand descend le soir au manteau d'écarlate,
Tu poses doucement ton corps sur une natte,
Où tes rêves flottants sont pleins de colibris,
Et toujours, comme toi, gracieux et fleuris.
Pourquoi, l'heureuse enfant, veux-tu voir notre France,
Ce pays trop peuplé que fauche la souffrance,
Et, confiant ta vie aux bras forts des marins,
Faire de grands adieux à tes chers tamarins ?
Toi, vêtue à moitié de mousselines frêles,
Frissonnante là-bas sous la neige et les grêles,
Comme tu pleurerais tes loisirs doux et francs,
Si, le corset brutal emprisonnant tes flancs,
Il te fallait glaner ton souper dans nos fanges
Et vendre le parfum de tes charmes étranges,
L'œil pensif, et suivant, dans nos sales brouillards,
Des cocotiers absents les fantômes épars ! 


 


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CHRISTOPHE 20/11/2010 16:57


Ainsi Charles Baudelaire appréciait les charmes de la Réunion : point de frimas continental, point de brouillard, point de souffrance, point de corset. Des ananas, des bananes, une véritable
douceur de vivre et des jeunes filles splendides. La Réunion était-t-elle à l'époque et est-t-elle toujours un eldorado ensoleillé?


Chris 21/11/2010 11:30



Ensoleillée, évidemment.


L'Eldorado, ça dépend pour qui.



muse 11/11/2010 17:53


Et bien moi, je suis fan de ce poème-là:
..LA VIE ANTERIEURE..

J'ai longtemps habité sous de vastes portiques
Que les soleils marins teignaient de mille feux,
Et que leurs grands piliers, droits et majestueux,
Rendaient pareils, le soir, aux grottes basaltiques.

Les houles, en roulant les images des cieux,
Mêlaient d'une façon solennelle et mystique
Les tout-puissants accords de leur riche musique
aux couleurs du couchant reflété par mes yeux.

C'est là que j'ai vécu dans les voluptés calmes,
Au milieu de l'azur, des vagues, des splendeurs
Et des esclaves nus, tout imprégnés d'odeurs,

Qui me rafraîchissaient le front avec des palmes,
Et dont l'unique soin était d'approfondir
Le secret douloureux qui me faisait languir.


Chris 14/11/2010 18:26



Moi aussi, j'aime beaucoup ce poème et il me rappelle des souvenirs.


C'est le texte que j'ai présenté à l'oral du bac de français...


Très bonne semaine.